sondage-brexitVoilà des mois que des sondages réguliers sont produits pour établir des pronostics pour la primaire de la droite et du centre du 20 et 27 novembre prochain. Or selon Aaron Levenstein, « les statistiques, c’est comme le bikini. Ce qu’elles révèlent est suggestif. Ce qu’elles dissimulent est essentiel !”

Faut-il rappeller que, la veille du Brexit, les sondages annonçaient la défaite de son camp ? Une excellente analyse nous est proposée dans le Huffington Post : « Quand la faillite des sondages nous en apprend plus que les résultats sur le Brexit »

N’oublions pas non plus les sondages de 2010 et 2011 pour la primaire de la gauche. Vous pouvez consulter cet article « « DSK », favori des sondages pour les primaires socialistes en vue de 2012 » où François Hollande est pronostiqué en 4ème position avec 3% d’intentions de vote !

Plus près de chez nous, à Versailles lors des dernières élections municipales, le maire François de Mazières qui arriva avec 30% des voix au premier tour était bon dernier des sondages avec 8% d’intentions de vote !

Dans un autre style, merci aussi à l’équipe de football de France pour avoir déjoué les pronostics qui rappelaient que les bleus n’avaient jamais battus les Allemands depuis 1958, et considéraient notre victoire comme improbable !

Quels sont les sondages disponibles ?

Il existe deux types de sondage politique qui nous intéressent dans le contexte de la primaire :

1/ Le baromètre mensuel des personnalités politiques préférées des Français

ELABE publie chaque mois son « Observatoire politique pour Les Echos et Radio classique ». Ce sondage s’appuie sur un échantillon de 1000 personnes, interrogées par internet, sur 2 jours.

Résultats de juin 2016 | Résultats de juillet 2016

Dans ce sondage, on constate un François Fillon solidement ancré comme 2ème personnalité préférée à droite.

2/ Les sondages sur la primaire elle-même

Plusieurs instituts, tels que ELABE et ODOXA, cherchent à sonder les intentions de vote des Français pour la primaire de la droite et du centre. Ils obtiennent en moyenne 700 répondants certains d’aller voter, par Internet, ce qui représente 0.01% des votants probables. Les plus grandes réserves peuvent être émises sur ces sondages « auto-administrés », d’ailleurs évoquées par les instituts eux-mêmes dans leur intitulé, ne se prétendant pas « prédictif » ! Les répondants appartiennent à des panels de consommateurs qui pour la quasi-totalité sont rémunérés pour y répondre (via des points accumulés).

Vous pouvez consulter les méthodologies succinctement décrites et leurs questionnaires sur le site de la commission des sondages :

Méthodologie ELABE | Méthodologie ODOXA

Pourquoi faut-il se méfier des sondages en ligne ?

Le premier élément de grande méfiance vis-à-vis de ces sondages est le fait qu’ils sont réalisés par Internet, seul moyen d’obtenir des résultats au moindre coût. Opinionway avait fait l’objet de vives critiques en s’y lançant le premier. C’est désormais la norme pour tous.

85% de la population étant désormais connectée à Internet, ces instituts considèrent cette méthode de recueil comme acceptable. En réalité, ils donnent lieu à d’évidentes dérives, parfaitement démontrées dans cet article du Monde Diplomatique : « Sondages en ligne : danger ». En synthèse :

  • Il est impossible d’assurer la représentativité d’un échantillon par Internet, les instituts ne peuvent pas maîtriser le profil de leurs répondants. Ils prennent en compte les formulaires qu’ils parviennent à récolter, en « semant » largement dans les panels de consommateurs ciblés et en les incitant par une récompense financière sous la forme de « points » qui permettent ensuite d’obtenir des produits gratuits.
  • Cette méthode ne permet pas de contrôler les fausses déclarations. Les électeurs hors cible reçoivent comme les autres le questionnaire et peuvent tout à fait jouer avec les réponses, en bons « pirates ».
  • Outre les 15% restant de Français non connectés, de nombreux Français connectés ne répondent pas aux sondages en ligne. Cette proportion très élevée de non répondants fausse totalement la représentativité, et rendent inopérantes les tentatives de redressement par la méthode dites des quotas « selon le sexe, l’âge et la profession ». C’est notamment l’une des raisons de l’échec des sondeurs pour le Brexit, incapables de capter les subtilités au sein des territoires.

Pourquoi les sondages concernant la primaire de la droite et du centre sont encore très incertains ?

Au-delà de ces considérations générales sur les sondages en ligne, les sondages actuels sur la primaire de la droite et du centre ne peuvent de toute façon pas être considérés comme fiables en raison de la grande incertitude qui persiste sur la primaire, confirmés par nos « sondages de rue » que nous menons désormais chaque semaine dans nos villes :

  • Beaucoup de Français ne s’intéressent pas encore à la primaire (malheureusement !)
  • Beaucoup n’ont pas encore compris que la primaire est ouverte – beaucoup pensent qu’il faut être encarté
  • Le nombre de candidats est très élevé et non définitif, les futurs votants ne sont donc pas encore capables de positionner leur choix sur une liste fixe de candidats. Certains probables candidats ne sont pas encore déclarés
  • De nombreux candidats n’ont pas encore exposés leur projet
  • Les médias eux-mêmes entretiennent encore trop un duel Juppé-Sarkozy et ne considèrent pas assez les autres candidats – preuve en est la 2ème question du questionnaire sur la primaire ELABE et ODOXA : « pour qui voterez vous au 2ème tour entre Alain Juppé et Nicolas Sarkozy ? » !

Autant dire que l’incertitude pour ce vote, avant l’été, est encore suffisamment forte pour mettre totalement en doute la qualité de ces sondages spécifiques. C’est le 22 septembre, lorsque la haute autorité aura publié la liste définitive des candidats que le paysage s’éclaircira, et que chacun pourra mesurer les enjeux de son choix, comparer les offres et se positionner.

En complément, un avis donné sur E1 :

Un excellent article a été publié sur France Info : Election présidentielle : dix raisons qui expliquent pourquoi les sondages peuvent se planter

Plus récemment, Yves Calvi a animé une excellente émission sur le sujet :

 

En conclusion sur les sondages, … 

Le déterminisme précoce de ces sondages serait sans conséquence s’ils n’influençaient pas les opinions. Or nous savons qu’ils contribuent à « fabriquer » l’opinion en activant un mécanisme de prophétie autoréalisatrice ou à l’inverse … autodestructice. Autant de bonnes raisons pour ne pas s’attacher aux résultats de ces sondages, connaissant leur absence de fiabilité, et se concentrer sur l’évaluation rationnelle des programmes !